Aller au contenu
Monde PlurielL’école au quotidien
Formation

Gagné au prud’homme mais l’employeur fait appel : quelles sommes sont dues tout de suite ?

· 7 septembre 2026 · 8 min

Table de cuisine avec un dossier fermé, une enveloppe cachetée et un stylo

Un jugement favorable du conseil de prud’hommes ne met pas toujours l’argent sur le compte. L’employeur dispose d’un mois pour faire appel, et le salarié découvre que la décision est suspendue, au moins en partie, le temps que la cour d’appel réexamine l’affaire. Quand on a gagné au prud’homme et que l’employeur fait appel, ce qui se paie immédiatement dépend de ce que le jugement a ordonné. Une lecture trop rapide fait attendre une somme déjà exigible, ou dépenser trop vite une somme qu’il faudra peut-être rendre.

En bref.

  • Après un jugement des prud’hommes, l’appel suspend en principe l’exécution, mais le code du travail rend exécutoires malgré l’appel la remise des documents de fin de contrat et le paiement des salaires et indemnités de rupture, dans la limite de neuf mois de salaire (article R. 1454-28).
  • Ce plafond se calcule sur la moyenne des trois derniers mois de salaire, et cette moyenne est mentionnée dans la décision.
  • Les dommages et intérêts, par exemple pour un licenciement sans cause réelle et sérieuse, n’entrent pas dans cette liste : ils ne sont versés avant l’arrêt que si le conseil a lui-même ordonné l’exécution provisoire.
  • Si l’employeur n’exécute pas la part exigible, l’article 524 du code de procédure civile permet de demander la radiation de son appel, dans les délais pour conclure.
  • L’appel se forme dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement, avec un avocat ou un défenseur syndical.

L’appel de l’employeur suspend-il le paiement après un jugement des prud’hommes ?

Oui, l’appel suspend en principe le paiement : l’article R. 1454-28 du code du travail pose que les décisions du conseil de prud’hommes ne sont pas exécutoires de droit à titre provisoire, sauf disposition contraire. Le salarié ne peut donc pas exiger l’ensemble des sommes accordées avant l’arrêt de la cour. Être celui qui a gagné au prud’homme mais dont l’employeur fait appel, c’est détenir un jugement dont seule une partie s’exécute avant l’arrêt, à la différence de la plupart des jugements civils, dont l’exécution provisoire est de droit selon service-public.gouv.fr.

Le même article prévoit des exceptions, selon la nature de la condamnation. Sont exécutoires de droit, malgré l’appel, le jugement qui n’est susceptible d’appel qu’en raison d’une demande reconventionnelle, celui qui ordonne la remise d’un certificat de travail, de bulletins de paie ou de toute pièce que l’employeur doit délivrer, et celui qui ordonne le paiement des sommes énumérées au 2° de l’article R. 1454-14, dans la limite de neuf mois de salaire.

Le conseil peut en outre ordonner l’exécution provisoire d’autres condamnations : la mention figure alors dans le dispositif du jugement, qui est à lire en premier.

Quelles sommes sont exigibles quand l’employeur fait appel après un jugement gagné ?

Quand un salarié a gagné au prud’homme mais que l’employeur fait appel, sont exigibles malgré l’appel les documents de fin de contrat, puis les salaires et indemnités de rupture que liste le 2° de l’article R. 1454-14, dans la limite de neuf mois de salaire. Le reste attend l’arrêt, sauf exécution provisoire ordonnée par le conseil.

Nature de la condamnationExigible malgré l’appel
Certificat de travail, bulletins de paie, pièces à remettreOui, sans plafond
Salaires, accessoires du salaire et commissionsOui, dans la limite de neuf mois de salaire
Indemnités de congés payés, de préavis et de licenciementOui, dans la même limite
Indemnité compensatrice de préavis et indemnité spéciale de licenciement après une inaptitude d’origine professionnelle (article L. 1226-14)Oui, dans la même limite
Indemnité de fin de CDD (article L. 1243-8) et de fin de mission d’intérim (article L. 1251-32)Oui, dans la même limite
Dommages et intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuseNon, sauf exécution provisoire ordonnée
Dommages et intérêts pour harcèlement, discrimination ou préjudice distinctNon, sauf exécution provisoire ordonnée

Selon la condamnation, l’appel se vit très différemment : un jugement qui porte surtout sur des rappels de salaire et des indemnités de rupture s’exécute presque entièrement, un jugement fondé surtout sur des dommages et intérêts attend l’arrêt. La remise des documents de fin de contrat, elle, n’a pas de plafond : elle débloque souvent un dossier d’indemnisation, comme les documents de fin de contrat que doit délivrer l’employeur.

Comment se calcule le plafond de neuf mois de salaire ?

Le plafond est égal à neuf fois la moyenne mensuelle des trois derniers mois de salaire, et non neuf fois le dernier salaire. Avec une moyenne de 2 400 euros, il atteint 21 600 euros (2 400 × 9). Cette moyenne est mentionnée dans la décision.

Exemple complet. Un jugement condamne l’employeur à 6 000 euros de rappel de salaire, 2 400 euros d’indemnité de préavis, 1 800 euros d’indemnité de licenciement et 10 000 euros de dommages et intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, avec une moyenne de 2 400 euros. Les trois premières sommes totalisent 10 200 euros, soit moins que le plafond de 21 600 euros : elles sont exigibles dans leur intégralité malgré l’appel. Les 10 000 euros de dommages et intérêts attendent.

Le texte ne précise pas quelles lignes du bulletin entrent dans la moyenne (primes exceptionnelles, heures supplémentaires, avantages en nature) : le calcul retenu se contrôle dès la réception du jugement.

Que faire quand l’employeur fait appel et ne paie pas la part exigible ?

Le salarié peut d’abord faire exécuter le jugement par un commissaire de justice, qui détient le monopole de l’exécution forcée. Il peut aussi demander à la cour d’appel de radier l’appel de l’employeur, sur le fondement de l’article 524 du code de procédure civile.

Cet article permet au premier président de la cour d’appel, ou au conseiller de la mise en état une fois saisi, de radier l’affaire du rôle, à la demande de l’intimé, lorsque l’exécution provisoire est de droit ou a été ordonnée et que l’appelant ne justifie ni avoir exécuté la décision ni avoir consigné. Tant que dure la radiation, l’appel n’est pas examiné ; l’affaire est réinscrite sur justification de l’exécution, et l’appelant dispose de deux ans pour reprendre la procédure, selon service-public.gouv.fr.

La radiation est écartée si l’exécution entraînerait des conséquences manifestement excessives ou si l’appelant est dans l’impossibilité d’exécuter. La demande doit surtout être présentée avant l’expiration des délais des articles 905-2, 909, 910 et 911, sous peine d’irrecevabilité. Selon le Conseil d’État (décision du 22 septembre 2022), le mécanisme n’est pas automatique : l’intimé doit le demander, ce qui impose d’agir dès les premières semaines de l’appel.

L’employeur peut-il faire suspendre l’exécution, et faut-il rendre l’argent si la cour infirme ?

L’employeur peut demander au premier président de la cour d’appel de suspendre l’exécution provisoire, mais il doit justifier d’un motif sérieux et d’un risque de conséquences manifestement excessives, selon service-public.gouv.fr.

Si la cour d’appel infirme une décision déjà exécutée, les sommes perçues doivent être restituées, précise la même fiche. Le Conseil d’État rappelle que l’exécution se poursuit au risque du créancier. Mieux vaut ne pas dépenser tout de suite une somme importante perçue pendant l’appel. Pour les sommes non exécutoires, l’appel suspend l’exécution, sauf à obtenir du premier président l’exécution provisoire en référé.

Qui peut faire appel d’un jugement des prud’hommes, et dans quel délai ?

Salarié et employeur peuvent faire appel dans un délai d’un mois à compter de la notification ou de la signification du jugement, ou de quinze jours pour une ordonnance de référé (article R. 1461-1 du code du travail et service-public.gouv.fr). Les parties sont représentées par un avocat ou un défenseur syndical.

L’appel n’est pas toujours possible. Lorsque le conseil statue en dernier ressort, seul un pourvoi en cassation reste ouvert : c’est le cas si les demandes du demandeur ne dépassent pas 5 000 euros, ou si la demande porte sur la remise d’un certificat de travail, de bulletins de paie ou d’autres documents. Après l’arrêt de la cour d’appel, le pourvoi se forme dans les deux mois de sa notification ou de sa signification.

Le conseil de prud’hommes ne juge que les litiges nés d’un contrat de travail de droit privé. Un salarié en contrat d’alternance, en apprentissage ou en contrat de professionnalisation peut le saisir, de même qu’un étudiant salarié en job étudiant sous contrat de droit privé. Un contractuel de l’Éducation nationale, dont le contrat relève du droit public, doit en revanche s’adresser au tribunal administratif : les règles de cet article ne le concernent pas.

Questions fréquentes

Les dommages et intérêts pour licenciement abusif sont-ils versés avant l’arrêt de la cour ?

Non, sauf si le conseil de prud’hommes a ordonné l’exécution provisoire dans son jugement. Les dommages et intérêts ne figurent pas dans la liste du 2° de l’article R. 1454-14 : sans mention expresse dans le dispositif, ils attendent l’arrêt.

Une instance engagée avant 2020 suit-elle les mêmes règles ?

Pas nécessairement. Selon le Code du travail numérique, l’article R. 1454-28 s’applique aux instances introduites à compter du 1er janvier 2020. Pour une affaire plus ancienne, le texte applicable peut différer.

Peut-on faire appel quand on réclamait moins de 5 000 euros ?

Non. Lorsque les demandes ne dépassent pas 5 000 euros, le conseil statue en dernier ressort et seul le pourvoi en cassation est ouvert, rappelle service-public.gouv.fr. Il sert à contester une décision contraire à la loi ou à la procédure.

Les intérêts augmentent-ils si l’employeur tarde à payer ?

Pour les décisions civiles condamnant au paiement d’une somme, service-public.gouv.fr indique que le taux d’intérêt légal est majoré de cinq points si la somme n’est pas intégralement réglée dans les deux mois suivant le moment où la décision est devenue exécutoire. La fiche vise les jugements civils en général, et non les seuls prud’hommes.

Si l’on a gagné au prud’homme mais que l’employeur fait appel, qui paie le commissaire de justice ?

Les frais d’une exécution forcée sont en principe mis à la charge de la partie qui perd, mais le juge peut en décider autrement, indique service-public.gouv.fr.

Sources

  1. Code du travail numérique, « Article R1454-28 », https://code.travail.gouv.fr/code-du-travail/r1454-28, consultée le 21 octobre 2026.
  2. Code du travail numérique, « Article R1454-14 », https://code.travail.gouv.fr/code-du-travail/r1454-14, consultée le 21 octobre 2026.
  3. Code du travail numérique, « Article R1461-1 », https://code.travail.gouv.fr/code-du-travail/r1461-1, consultée le 21 octobre 2026.
  4. Code du travail numérique, « Article L1226-14 », https://code.travail.gouv.fr/code-du-travail/l1226-14, consultée le 21 octobre 2026.
  5. Conseil d’État, décision n° 436939 du 22 septembre 2022 (article 524 du code de procédure civile), https://www.conseil-etat.fr/fr/arianeweb/CE/decision/2022-09-22/436939, consultée le 21 octobre 2026.
  6. Service-public.gouv.fr, « Exécution d’une décision du juge civil », https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F1780, consultée le 21 octobre 2026.
  7. Service-public.gouv.fr, « Recours possibles après un jugement du conseil de prud’hommes », https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F1387, consultée le 21 octobre 2026.
  8. Service-public.gouv.fr, « Saisir le conseil de prud’hommes (CPH) », https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F2360, consultée le 21 octobre 2026.

Dans la même rubrique

  1. FormationContrat d’alternance : apprentissage ou professionnalisation, lequel choisir ?Contrat d’alternance : âges, durée, salaire en % du SMIC, rupture et aides à l’employeur, pour choisir entre apprentissage et professionnalisation.4 novembre 2026
  2. FormationPasser le BAFA : âge, étapes, prix et aidesÂge minimum de 16 ans, trois étapes, délai de 30 mois, prix de 700 à 1 150 € et aides de la Caf : tout pour passer le BAFA sans erreur.3 novembre 2026
  3. FormationInfirmière libérale remplaçante : conditions, contrat et rémunérationInfirmière libérale remplaçante : 18 mois d’expérience, autorisation de l’Ordre, contrat écrit, rétrocession, redevance et plafond de 40 % dès 2028.29 octobre 2026